Historique.
Clabecq, Nom, variantes et étymologie.
Il est fort probable que le nom de Clabecq existait déjà à la période romaine. La vallée du Hain était habitée par des seigneurs belgo-romains puisque des tumulus existent à Braine-le-Château.
Dans les archives du royaume le nom de Clabecq apparait, d’abord sous la forme flamande de Glabbek, Glabbecc en 1183, Glabecca au XIII siècle, Glabecque en 1569, Glabeek en 1582 puis Clabeek et enfin Clabecq.
Cette dénomination provient de Beek : ruisseau et Cla : bruit de l’eau.
L’orthographe des noms de villages change suivant l’humeur des scribes qui, avant l’imprimerie, étaient chargés de copier les documents administratifs, religieux et commerciaux.
La pierre de Clabecq ou Arkose.
La pierre de Clabecq a été un élément déterminant dans l’établissement du village de Clabecq.
Nulle part dans notre village on ne rencontrait des chaumières aux murs d’argile qui étaient encore fort nombreuses dans les communes flamandes et wallonnes aux environs de 1900.
Chez nous les carrières ne manquaient pas. Au Rogissart, dénommé jadis « hameau de la grande carrière », au hameau dit « du 45 », à la rue du « quai du canal ». Ce banc de pierre s’étendait jusqu’à Lembecq où une carrière existait au hameau de Rodenem, près de la papeterie « Pacapime ». Elle disparut lors de la mise à grande section du canal de Charleroi. Le banc de pierre d’arkose se prolonge probablement vers Tubize, la pierre affleure près de la gare de Clabecq et au hameau de Stéhoux, dénomination dérivant de « steen » c’est-à-dire pierre.
Cette pierre a été utilisée, entre autre, au Château de Clabecq et aussi à la ferme du château, à la Cense de Flandre (Lisart), à la grande Cence (Deschamps) …
Le faux diamant de Clabecq
Dès le XVIe siècle, le cristal de roche (ou cristal de quartz) de Clabecq avait été signalé par Anselme Boëce De Boodt, né à Bruges en 1550 et qui fut à la fois jurisconsulte, médecin et naturaliste. A la même époque Guichardin écrivait «A une lieue de Breine Aleu et à quattre de Bruxelles, près la seigneurie de Clabeck sous terre on trouve de certaine espèce de pierre fort belle, de laquelle le lieu a pris son nom : laquelle de couleur et de figure est si semblable au diamant qu’il est deffendu d’en enchasser en or : mais elle est si tendre que merveille ; et ne voit on en elle autre bonté que pour servir de parade et à tromper les hommes par son apparence.»
Réf : J.-L. VAN BELLE
« Le château de Clabecq »– Page 20
Un premier château
Avant le château actuel, un vieux château fort était situé dans la vallée, au confluant de la Senette et du Hain. Il était entouré d’eau de tous les côtés, possédait un pont-levis, cinq tours et un donjon : la tour de Haubruge. Des vestiges ont été retrouvés lors de la construction des hauts-fourneaux.
La seigneurie proprement dite de Clabecq fut longtemps possédée par une famille portant le même nom que le village. Elle était un fief du seigneur de Gaesbeek.
Frizo de Glabeck ( 1103 ) accompagne le Duc Godefroid III en Palestine.
On cite encore :
Ensuite, la seigneurie de Clabecq passe à une branche de la famille de Cottereau, celle qui eut pour chef Thibaut de Cottereau, conseiller de Brabant. Son fils Maximilien de Cottereau épousa Louise de Rifflart d’Ittre.
Le compromis des nobles.
Ici se passe un épisode fameux de l’histoire de nos anciens seigneurs et de leurs voisins, la signature du compromis des nobles.
Maximilien de Cottereau, seigneur de Clabecq, Guillaume de Rifflart, seigneur d’Ittre, Jean de Hornes seigneur de Braine-le-Château et Jean de Wilem seigneur de Braine l’Alleud signèrent avec 400 (certains disent 300) nobles belges et des Pays-Bas, le compromis des nobles le 3 avril 1566. Ils firent leur entrée à Bruxelles en appareil de guerre, se réunirent à l’hôtel de Culembourg puis ayant à leur tête Henri de Bréderode et Louis de Nassau se rendirent au palais de la Gouvernante des Pays-Bas présenter leur requête.
On connait le sort réservé à Jean de Hornes et au comte d’Egmont. Ils furent décapités par ordre du Duc d’Albe. Guillaume de Rifflart fut aussi victime de son patriotisme. Ne voulant pas abjurer sa foi en l’église Catholique il fut fait prisonnier par l’armée huguenote, emmené en France où il mourut deux ans plus tard.
Le petit-fils de Guillaume de Rifflart, Philippe, fut marié à Suzanne de Cottereau. Sa fille, Anne de Rifflart épousa Charles Philippe de Cottereau Dommartin, Chevalier de Clabecq et veuf de Barbe de Faucuwez (Fauquez).
La terre de Vraimont.
Quelques temps après la fameuse échauffourée des 600 Franchimontois (1468) un seigneur espagnol ayant probablement prit part à ce combat mémorable, fit l’acquisition d’une ferme à Clabecq à laquelle il donna le nom de Franchimont. Il espérait que le hameau prendrait ce nom mais la population préféra le nom de « Vrij-berg » qui devint Vraimont. Elle appartenait au chapitre de Nivelles. Rappelons qu’au temps jadis tout homme se réfugiant sur une terre d’Eglise ne pouvait plus y être poursuivi. D’où le nom de terre libre, vrij en flamand.
Kerkhof
Entre la Grande Cense de Clabecq et la Cense de Flandre (actuellement Lisart), il existait un lieu-dit nommé « Kerkhof » (cimetière). On y a enterré, suivant les uns, les soldats morts au siège de Lembecq, selon d'autres, des personnes tombées victimes d'une maladie pestilentielle.
Pour info :
Trophées de Brabant
Tome I, livre IV
Christophe Butkens , Pages 144-145
En 1182, Lembeek fait partie du territoire « hainnuyé ». Cela n’a rien à voir avec nos provinces actuelles mais, simplement, Lembeek faisait partie des terres du comte de Hainaut : Baudouin V.
Entre 1182 et 1195, les ducs de Brabant Godefroid III (r. 1142-1190) et Henri Ier (r. 1190-1235) s’opposent au comte de Hainaut Baudouin V (r. 1171-1195).
Le conflit débute lorsque le comte de Hainaut tente de fortifier Lembeek, un village situé sur une frange de terre hainuyère qui s’enfonçait, tel un appendice, dans le Brabant. Godefroid III ne pouvant l’accepter, commence alors une longue guerre caractérisée par une suite de coups de main et de trêves.
Le comte de Hainaut réunit ses troupes à Écaussinnes (1169), Braine-le-Comte (1182), Lembeek (1182), Viesville (1189) et Grammont (1191). Certaines places brabançonnes occupées, Tubize par exemple (1184), sont aussi utilisées (On en parle dans le texte en vieux français).
Le rôle des fortifications dans la défense du Roman Pays de Brabant vers 1200
Sergio Boffa, Page 57
C’est à ce moment qu’a eu lieu la bataille de Lembeek et, comme l’indique le texte en vieux français, il a été totalement décousu. Il est donc possible que des soldats morts aient été enterrés au lieu-dit KERKHOF.
(Le) Comte de Hainaut se trouvant chargé vivement des nôtres, fut contraint de donner la retraite, et, avec perte notable quitter la campagne, laissant la victoire à notre Prince Henry, qui fit brûler et mettre bas (raser) tout ce que l’Hainuyer avait bâti et fortifié à Lembecq.
Religion
Il n’y eut pas d’église à Clabecq avant 1867. Notre commune fit partie de tous temps de la paroisse de Tubize, sauf pendant le Consulat, période pendant laquelle elle fut unie à la paroisse de Oisquercq. Cela dura de 1802 à 1809.
Cette absence d’église s’explique par les raisons suivantes :
L’église de Clabecq fut érigée à la Grand’place à l’endroit où se trouvait la forge du maréchal Michel. Cette forge fut reconstruite à la route provinciale.
Le premier curé de Clabecq fut l’Abbé Descamps qui exerça sa mission durant à peine quatre ans. Il fut enterré au cimetière de Clabecq en 1872.
Dépendances
En 1856, trois sections forment notre commune :
Ce n’est que le 07 juillet 1955 que les hameaux du 45 et du Rogissart qui faisaient partie de la commune de Ittre sont rattachés à la commune de Clabecq. Le nom « Hameau du 45 » vient du fait que l’écluse installée sur son territoire portait le numéro 45.
Voici quelques photos du 45 où je suis né en 1955, au numéro 56 de la rue de l'Alliance
Le bourgmestre de Clabecq, de l'époque, François DUSON, coupant le cordon
Photos de l'écluse
La révolution de 1789
La révolution de 1789 abolit la féodalité et supprime les droits et les pouvoirs des seigneurs. Les révolutionnaires français s’étant emparés de la Belgique en 1792, administrèrent notre pays suivant les lois françaises. Les seigneuries disparaissent et sont remplacées par des municipalités avec à leur tête un maire.
Les limites des communes se fondirent avec les limites paroissiales. Or comme la seigneurie de Clabecq n’avait pas de paroisse, il fallut appliquer un principe cher à la révolution, c’était que les limites des états, des provinces et des communes devaient s’identifier avec les phénomènes naturels : montagnes, fleuves, rivières, forêts, …
C’est ce qu’on fit à Clabecq. Le Hain forma la frontière sud de la commune tandis que la Sennette la limitait au nord et à l’ouest. Cette décision amène une perte sensible de notre patrimoine communal.
C’est aussi pourquoi le 45 et le Rogissart se retrouvent attachés à Ittre.
L’enseignement
Les seigneurs de Clabecq eurent à cœur d’organiser un enseignement en faveur des enfants pauvres de Clabecq et dont les parents ne possédaient pas les moyens de les envoyer dans les écoles de Hal ou ailleurs.
Par une fondation, le comte Pierre de Sayve et sa femme Barbe Dieudonnée de FLodorp fondèrent une école qui fonctionna sous leur surveillance.
"Le nombre des enfants pauvres qui ont été admis en 1858 - 1859 à recevoir l'instruction s'est élevé à 54 : 21 garçons et 33 filles. L'école est entretenue au moyen d'une fondation faite le 10 avril 1773 par le comte de Saive et par sa femme Barbe de Flodorp, et qui a été rétablie le 29 novembre 1843. Le bourgmestre de Clabecq et le curé de Tubise, de concert, nomment l'instituteur et le premier désigne les enfants pauvres auxquels l'instruction est donnée. Les revenus de la fondation montent actuellement à 281 francs."
Réf. : Tarlier et Wauters
Géographie vol 4, Page 138
La loi de 1879 sur l’enseignement primaire ordonne aux communes d’avoir au moins une école primaire dans chacune d’elles. La fondation tomba en désuétude et les frais de l’instruction publique furent pris en charge par les communes, les provinces et l’état.
J’ai encore fait une partie de mes classes « gardienne » dans l’ancienne école de la rue du Château. École reprise sur une photo ci-dessus. Les garçons de l’école primaire se retrouvaient dans une autre école, rue du Château également, mais qui a été rasée pour construire le bâtiment du Centre de Formation en Alternance. Avant ça elle a aussi été une maison de jeunes appelée « Le petit Gaulois ». Qui se souvient de Madame Georgina, Madame Piscar et peu après de Mademoiselle Barbier et Mademoiselle Timmermans ?
Les filles de l’école primaire se retrouvaient, elles, à la rue Jean Wautrequin. Ces locaux aujourd’hui sont occupés par la bibliothèque de Clabecq qui se trouvait avant à la rue des Aubépines.
C’est vers l’année 1960 que l’actuelle école « Cheval Bayard » a été construite. J’y ai fait ma dernière année maternelle et mes 6 années primaires.
Ecole maternelle de Clabecq
Année scolaire 59/60
Mademoiselle BARBIER
C'est moi dans le cercle rouge
Petite anecdote
Suite à l’obligation pour les communes d’ouvrir des écoles communales, les prêtres catholiques ont parfois eu des comportements assez tendancieux.
Comportements qui ont donné lieu à des interpellations auprès de commissions d’enquêtes. Et Clabecq n’échappe pas à la règle.
Dans l’extrait publié ci-dessous, on parle d’un curé appelé GEETS.
Chambre des Représentants
Commission d’enquête scolaire
Procès-verbaux – Tome I – Page 266
Rosa WAUTREQUIN
Nous savons tous qu'à Clabecq il y a une rue "Jean WAUTREQUIN", instituteur et résistant pendant la guerre 40-45. Il est mort en déportation.
Mais qui est Rosa WAUTREQUIN ?
Laissons Sylvia PIGARELLA, animatrice au centre culturel de Tubize, nous la raconter.
Fortuné DEMOORTEL
Autre résistant actif pendant la guerre 40-45.
Né le 5 mai 1900, tôlier, bourgmestre de CLABECQ de 1939 à 1946.
Malgré sa charge mayorale, il prit de nombreux risques dans la résistance, allant jusqu’à installer un poste émetteur dans les locaux communaux.
Il fut affilié à l’armée secrète du 1 décembre 1943 au 14 octobre 1944 et fut versé à la deuxième compagnie du « Refuge Furet » basé à Hal. Il recruta Raoul QUESTEMONT, Raymond DAGNIEAUX et Émile ONAN ; fournit des faux papiers et paya des réfractaires sur les fonds secrets de l’A.S. (Armée Secrète) ; diffusa des journaux clandestins (Libre Belgique, le Peuple, l’Insoumis, le Drapeau Rouge).Tout faisait farine au moulin de la résistance.
Au garage impérial où il travaillait, à Saint Gilles, il sabota des camions allemands. Il fut chef de la plaine de parachutage « Cerfeuil » et assura des dépôts d’armes.
Le 19 août 1944, il fut arrêté pour les émissions-radio. Embarqué pour l’Allemagne, il eut la chance de se trouver dans le « train-fantôme » qui fut libéré par les Anglais le 3 septembre.
« Tenace mémoire »
François DE TROYER, page 341
Le Train Fantôme du 2 septembre 1944 est le dernier convoi de déportation mis en place par les Nazis durant l'occupation allemande de la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce train devait quitter Bruxelles de bonne heure pour envoyer en Allemagne les prisonniers détenus à la prison de Saint-Gilles ainsi que les Juifs encore détenus au camp de rassemblement de Malines. À la suite d'actions de sabotage et de multiples atermoiements n'ayant pour autre objectif que d'empêcher le convoi d'atteindre sa destination, il est finalement renvoyé vers Bruxelles, le 3 septembre 1944. Les 1 500 prisonniers sont alors libérés par la Croix-Rouge internationale (Wikipédia).
Aussi, deux personnes furent condamnées à mort à Clabecq, mais la peine n’a pas été exécutée. Une pour « port d’arme » et collaboration avec l’ennemi et une pour participation à la Waffen SS. Je ne donnerai pas les noms ici.
« L’impossible oubli »
François DE TROYER, page 408
Sur 49 peines de mort prononcées par le Conseil de guerre de Nivelles, une seule a été exécutée. Il s’agit d’un homme de Waterloo (Pas de nom), fusillé le 4 juin 1949 pour l’assassinat du mayeur BOSCH.
Gros travaux à Clabecq
C'est au mois de septembre 1968 qu'officiellement le canal Bruxelles - Charleroi passe à 1350 tonnes. Cette date marque la fin des travaux.
A Clabecq, outre le fait que pas mal de maisons ont été démolies, une nouvelles route provinciale a été tracée. En effet, jusqu'alors, cette route se trouvait au niveau du canal et du chemin de halage. Il n'en reste que la rue du vieux Mayeur et la rue des Combattants.
Fusion des communes
C’est en 1977 qu’a lieu la fusion des communes en Belgique.
Au grand dam de beaucoup de mes connaissances de l’époque, la commune de Clabecq est rattachée à celle Tubize.
On disait du Tubizien : « il est pauf et glorieux, Betchard et mauvais païeux ». Ce qui signifie : « pauvre et vaniteux, moqueur et mauvais payeur ».
Je me souviens d’avoir participé au dernier réveillon clabecquois et premier réveillon tubizien. Quelques petites minutes après minuit, il y a eu une coupure générale de l’électricité. Quelqu’un a crié en wallon (ici en phonétique) : « ça y est no s’tons su Tubiss ». S’en est suivi un fou rire de toute la salle.
Nous étions bien administrativement attachés à Tubize, mais restions Clabecquois au fond de nos âmes.