Les Forges
Après ces images qui ont attristé beaucoup de personnes, vous pouvez écouter une interview réalisée pour une émission diffusée à la radio. Le thème en est, bien évidemment, « les Forges de Clabecq » et la parole est aussi laissée aux femmes.
J’ai enlevé les illustrations musicales afin de ne garder que le dialogue entre la journaliste et les personnes interviewées.
Je vous souhaite une bonne écoute.
Et voilà l’histoire
Un moulin à farine était établi sur la Sennette près du pont de Clabecq. Il était actionné par une roue hydraulique qui faisait mouvoir trois paires de meules.
Cette installation qui était en 1636 « tout à fait ruinée depuis longtemps » fut reconstruite en vertu d’un octroi accordé le 19 juillet 1752 au seigneur Baron de Flodorp. Les Clabecquois devaient faire à cette époque une demi-heure à pieds pour trouver le moulin le plus proche, voir plus s’il manquait d’eau au dit moulin.
Mais pour les forges, tout commença officiellement le mardi 8 novembre 1781.
Ce jour-là, le notaire Dieudonné Joseph Carlier s’est rendu au moulin de Clabecq. Il y retrouve, en présence des témoins requis, et le vicomte de FLodorp, seigneur de Clabecq, le bailleur, et Marcus Petrus Van Esschen « habitant de la ville de Bruxelles », le preneur.
Antoine Otton de Flodorp
Leur but est de construire un moulin à fer. Ce moulin, ou plutôt les vestiges qui en restaient, fut conservé jusqu’à la construction du nouveau bureau de dessin en 1935. L’ancien directeur des Forges, Monsieur Eugène Germeau, y tenait comme un fétiche qui rappelait en permanence les modestes débuts d’une usine devenue l’une des plus importantes de Belgique.
De cette double volonté et de cette commune décision, de ce pari sur l’avenir allait naître une aventure, une entreprise qui 5 ans plus tard occupait 30 ouvriers, alors que le village ne devait compter que 280 habitants environ. En 1896 elle occupe 1500 ouvriers.
En 1828, l’entreprise glissa sur la pente de la faillite. Deux hommes, Nicolas-Joseph Warocqué et Edouard Guillaume Goffin la tirèrent de ce mauvais pas et lui donnèrent l’élan décisif.
C’est Monsieur Goffin qui, en 1841, devint seul propriétaire de la société. La famille Goffin conservera pendant trois générations la propriété de cette affaire. Lors de la mise en société anonyme en 1888, le dernier du nom obtint la présidence du conseil et la conservera durant plus de 50 années.
Josse GOFFIN
sculpteur : Jacques DE LALAING
Fondeur : LUPPENS
Josse Goffin a sa statue sur la place de Clabecq. De grandes fêtes eurent lieu dans la commune lors de son inauguration en 1888. C’est d’alors que date la kermesse Goffin qui a (avait) lieu chaque année le dimanche après le 15 août.
La vraie croissance des Forges arrive en 1850 et de là, on peut véritablement la considérer comme une usine. Charles-Henri Goffin (1827-1861) installa un laminoir et un raccordement au chemin de fer. Il faut cependant le XXe siècle pour que l'usine transformatrice (les fours produisant du fer ayant été arrêtés rapidement) ne devienne productrice grâce à la construction d'un ensemble de hauts-fourneaux dont les deux premiers sont allumés en 1910 et 1911.
L'usine s'équipe également d'une unité de production de coke (la société anonyme des Fours à coke de Vilvorde) dont elle est le seul sidérurgiste actionnaire et passe des contrats avec des mines de fer dans l'Est de la France.
Mr. Goffin et le conseil d'administration
avant la création de la Société Anonyme
Entrée des Forges
autour de 1903
L’année 1909 marque un tournant décisif dans le développement des Forges de Clabecq.
En effet, l’ingénieur civil liégeois Eugène Germeau (1871-1939) concentre les activités de Archives de la s.a. Forges de Clabecq N° de l’inventaire: V010 20 l’entreprise sur la production et la transformation de l’acier.
L’entreprise s’équipe d’une infrastructure complexe : les hauts fourneaux I et II qui fonctionnent uniquement au coke, un convertisseur Thomas, un mélangeur de fonte, un train de laminoir de type blooming, un train finisseur, des moteurs à gaz, une aciérie, des laminoirs et une centrale électrique.
Les Forges de Clabecq se muent ainsi d’entreprise transformatrice en entreprise productrice. En 1913, elles prennent un intérêt important dans la société anonyme des Fours à Coke de Vilvorde. Cette société fournit le coke nécessaire à la marche des hauts-fourneaux jusqu’en 1985.
Dès les premiers jours du mois d’août 1914, les usines des Forges de Clabecq arrêtent toute fabrication.
Pendant neuf mois, le personnel est occupé 3 à 4 jours par semaine à différents travaux de construction, de réfection et d’entretien. À partir du 1er mai 1915, il cesse complètement ses activités.
Durant toute la période de la guerre, les Forges de Clabecq subissent des réquisitions de la part de l’ennemi. Les installations des usines sont également fortement endommagées par les Allemands. C’est pourquoi les activités des différentes usines ne redémarrent qu’après une remise en état, soit en 1919 pour la fonderie et les ateliers et en 1920 pour la fabrication de l’acier. Mais les différentes restaurations des installations se poursuivent jusqu’en 1921.
En 1924 commence l’ère du développement moderne. L’usine va s’étendre sur le territoire de Tubize.
Un train à tôles moyennes et fortes, puis un gros blooming permettant d’alimenter le train à tôles en brames laminées sont successivement construits.
En 1925 et 1929, les Forges s’équipent des hauts fourneaux III et IV qui permettent de porter la production journalière de fonte liquide à 1.000 tonnes.
En 1929, les Forges de Clabecq absorbent la Société anonyme Fours à Coke de Vilvorde, dont elles ont acquis l’entièreté des actions.
En 1939, les Forges construisent du matériel pour le transport du minerai. À la fin de cette même année, la mise en service d’une nouvelle batterie de fours à coke à Vilvorde fait de Clabecq une usine bien outillée et capable d’une production intense de produits variés.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la cadence de production des usines est fixée et réglementée par le Syndicat belge de l’Acier. Les usines n’ayant pas subi de dommages importants, les activités auraient pu reprendre dès la libération. Mais vu les difficultés d’approvisionnement, les installations sont restées à l’arrêt pendant tout l’exercice 1944-1945.
Pendant cette dernière guerre, un journal clandestin était édité au sein des Forges de Clabecq. Son nom : « La voix des Forges », il était édité par le comité de Lutte Syndicale.
En 1954, l’usine s’agrandit encore.
Vue des Forges en 1959 depuis le 45
Remarquez que seule la rue de l'Alliance permet de relier Oisquercq.
Aucun commerce, que des prairies.
C'était, à l'époque, notre plaine de jeux.
À partir de 1957, les Forges de Clabecq acquièrent des terrains à Ittre, de l’autre côté du canal Charleroi-Bruxelles, en vue de conserver sa capacité concurrentielle et de poursuivre sa politique de modernisation de son équipement. Et en 1959, la décision est prise de construire un nouveau complexe sur le site d’Ittre.
L’entreprise y produit des tôles moyennes et fortes, unies, striées ou lamées. La nouvelle usine est progressivement complétée et améliorée par une installation de pelletisation (1969), un train finisseur à tôles (1971), un nouveau haut fourneau VI (1972) et deux lignes de coulée continue (1974 et 1976). L’usine est fortement mécanisée.
Durant la période 1975-1980, les Forges de Clabecq subissent l’impact de la grande crise qui s’abat sur la sidérurgie mondiale.
Clabecq arrête progressivement la fabrication d’acier brut, pour se concentrer sur la production de tôles fortes et moyennes (produits longs).
Vu le marasme persistant, la direction des Forges décide, dans le cadre de la restructuration de la sidérurgie belgo-luxembourgeoise préconisée par le rapport McKinsey et officialisé par le gouvernement belge en novembre 1978, l’arrêt de la production de produits longs. Cependant, cette mesure ne va pas de pair avec un accroissement de la gamme de produits plats. Dès lors, il en découle une surcapacité de la phase liquide (fonte ou brame produits par le processus de production de l’acier : haut fourneau-aciérie-coulée continue).
Une telle situation a évidemment des répercussions sociales non négligeables : de nombreux emplois sont sacrifiés.
L’évolution des Forges de Clabecq, au début des années 1980, est plus que jamais exposée aux aléas de la conjoncture sidérurgique mondiale car le pourcentage des ventes de la société aux pays hors de l’Europe oscille autour des 40 %.
L’entreprise réussit tant bien que mal à maintenir ses activités par la consolidation de l’outil, des investissements de modernisation et la fermeture d’installations non rentables ainsi que par la diminution des coûts via une réduction importante du personnel (1.200 emplois disparaissent) et l’accroissement corrélatif de la productivité.
La division tréfilerie est fermée en 1984 et la cokerie de Vilvorde en 1986.
Sur le plan financier, la société doit sa survie au soutien des pouvoirs publics, via la conversion de dettes en capital et la remise de créances. En contrepartie, l’actionnaire public entre, dès 1985, dans le capital des Forges, via la Société nationale pour la Restructuration des Secteurs nationaux (SNSN), dont il devient le premier actionnaire, tout en demeurant minoritaire face à l’actionnaire privé Sococlabecq au niveau des droits de vote lors des assemblées générales.
En 1988, les Forges de Clabecq réalisent un bénéfice de 645 millions de francs belges et fêtent le centenaire de leur constitution en société anonyme.
Mais à partir de 1989, la situation se dégrade rapidement, suite à une nouvelle récession du marché de l’acier.
D’études en plans de restructuration avortés, l’entreprise ne réussit pas à s’adapter. Sans réseau de distribution propre, les Forges de Clabecq se font en outre doubler par leurs concurrents directs dont elles utilisent les services.
Les aides financières massives de la Région wallonne, aux commandes de l’entreprise depuis début 1996, n’y feront rien.
Le 19 décembre 1996, c’est le dépôt de bilan. Par des ordonnances successives, le juge Versluys tente de prolonger les possibilités de survie des Forges.
Le 3 janvier 1997, il déclare la faillite, sur aveu, de la s.a. Forges de Clabecq mais ordonne la poursuite des activités de l’entreprise sous curatelle. Le 13 janvier, les travailleurs sont licenciés. Finalement, le juge Versluys doit se résoudre, le 19 février, à retirer son autorisation de poursuivre les activités des Forges.
En 1999, Duferco Clabecq décide de réduire drastiquement, sur le site de Clabecq, la production de brames suite Archives de la s.a. Forges de Clabecq N° de l’inventaire: V010 22 à la faiblesse du marché mondial.
L’aciérie a fermé ses portes le 31 décembre 2001. Le laminoir est le dernier outil encore en fonction aujourd’hui.
Duferco Clabecq a, depuis, été intégrée dans la holding Steel Invest et Finance (2006), détenue à parts égales par les groupes sidérurgiques Duferco et Novolopetsk Steel (NLMK).
En 2011, ceux-ci ont décidé de mettre fin à leur collaboration, le site de Clabecq tombant dans l’escarcelle du groupe russe.
Désaffecté, le site clabecquois en bordure du canal à fait l’objet, en 2008, d’une réhabilitation partielle à l’initiative conjointe de la Société d’Assainissement et de Rénovation des Sites industriels du Brabant wallon (SARSI) et des entreprises hébergées (port de Clabecq, Sagrex, Gobert et Cetraval).
En 2009, le démantèlement complet des bâtiments a été entamé dans le but de transformer le chancre de 80 hectares en une zone mixte d’entreprises, d’habitat, de commerces et de services. Duferco projette d’y construire près de 1.700 logements.