Le château
Introduction
Nous nous occuperons ici de la période qui a précédé l’arrivée des familles italiennes au château de Clabecq. Un chapitre entier est consacré au « Château des Italiens ».
Je remercie tout particulièrement Monsieur Jean-Louis VAN BELLE, historien et écrivain, qui m’a autorisé à utiliser les textes de son ouvrage (Vous en trouverez les références au bas du chapitre) et qui m’a aiguillé vers des aspects méconnus de l’histoire de Clabecq.
Les nobles et le développement du château.
Au départ, se dresse un donjon qui est l’actuelle tour Nord-Est du château. Avant qu’il ne soit recouvert de cet enduit vert rappelant vaguement la couleur de la pierre d’arkose, l’ancrage des ailes dans la tour étaient bien visibles, on pouvait facilement voir la ligne droite du mur de l’ancien donjon.
Beaucoup de personnes connaissent cette gravure sur laquelle on a l’impression de voir l’ancien château de Clabecq. Pourtant, il s’agit probablement du château actuel avant la transformation. En effet, comme bon nombre de château, le château de Clabecq a perdu son aile Sud-Ouest. L’invention et le développement de l’artillerie ayant rendu tout cela inutile.
C’était là du bon sens que de laisser entrer le soleil dans la cour et dans les bâtiments et avec lui la chaleur et la lumière.
Et cela a dû se faire dans le troisième quart du XVIII siècle, quand Antoine Otton, Vicomte de Flodorp, est venu finir ses jours au château.
En 1775, « Le guide fidèle du Brabant » signale que : « C’est un quarré (sic) régulier dont les quatre coins sont ornés chacun d’une fort jolie Tourette ».
Ce qui confirme qu’à cette époque les travaux d’aménagement n’avaient pas encore été entrepris.
Par contre, le 19 juillet 1824, lors de la fête donnée par les habitants du village aux nouveaux propriétaires (de Sayve) les travaux étaient terminés. On peut le constater sur une gravure qui illustre cette fête (voir ci-dessous). Il conservera, dans les grandes lignes, le même aspect jusqu’à ce jour.
Remarquez que l’accès au château se fait par un chemin qui arrive face au portail d’entrée.
Un peu avant le château, en venant de la place, vous trouviez la maison du garde. Juste face à la rue du Parc, une des plus anciennes rues de Clabecq.
Madame Josépha, pour ceux qui connaissent, a habité cette maison. Je me souviens qu’un jour de tornade, il y a eu un grand trou dans le toit. On racontait que la foudre était tombée sur la maison.
Sur la carte suivante qui date de 1850, le cercle rouge marque l’emplacement de la maison du garde. L’actuelle rue du Parc est tracée en bleu et remarquez le sentier pointé par une flèche verte …
... il existe toujours en 2025 après toutes ces années. Il traverse le terrain de foot.
Les familles.
De 1500 jusqu’au début du vingtième siècle, quatre familles laissèrent des traces dans le château de Clabecq.
Les de Cotereau.
Cette famille est originaire de France. De cette famille, Léonard de Cotereau est le premier qui, à la fin de XV siècle, porta parmi ses titres, le titre de seigneur de Clabecq.
Dans sa descendance, on épinglera Thibaut, chevalier seigneur de Clabecq et de Wasemont. C’est lui qui se démena comme un beau diable pour la promotion de sa pierre et à qui l’on doit le rêve de voir passer les péniches aux bords de la Senne.
C’est à Thibaut ou à son fils Maximilien que nous devons, sinon la construction, du moins le développement de la structure du château. Maximilien par son mariage avec Louise d’Ittre va assurer un ancrage local de plus en plus solide. Ancrage à Clabecq mais aussi à Ittre où l’on trouve les armoiries des Cotereau sur la tour d’Hasquempont.
Bien plus tard, Suzanne de Cotereau épousa Philippe de Lumay, seigneur de Rosée. Ils auront des enfants avec, entre autres, Jacques de Lumay qui épousa Philipotte Eugène de Launay. L’une des filles de ce couple, Florentine de Lumay, épousera Pierre Toussaint de Flodorp.
Le dernier des Cotereau, Charles Philippe de Cotereau, n’ayant pas eu d’héritier, dépose le château de Clabecq dans la corbeille de mariage de Florentine de Lumay, sa nièce. C’est donc le 12 janvier 1679, jour de leur mariage, que les futurs jeunes époux avaient passé devant le notaire Charlier de Bruxelles, leur contrat de mariage.
La future épouse était accompagnée de son père mais aussi de son oncle, Charles Philippe de Cotereau, écuyer, seigneur de Clabecq. Á ses côtés, Catherine de Housta, lesquels déclarent : « par les présentes qu’il lui donne et cède … par pure et nude donation entre vifs et irrévocablement sa terre et seigneurie de Clabbecq (sic) avec la hauteur et dépendances et ses seigneuries de Sipply et Lutteau en Marche. Ils ne pourront toutefois ni vendre ou aliéner Lesdits biens ni partie d’iceux, ou les laisser distraire, mais qu’ils devront laisser suivre et succéder aux enfants qu’ils pourront procréer par ensemble ou bien elle en autre légitime mariage ».
La famille des Cotereau est désormais éteinte, elle a tenu la seigneurie pendant près de deux siècles. Le château devient la propriété de la famille Flodorp qui la gardera plus d’un siècle.
Les de Flodorp.
Leur devise : « En avant : Buquons ! »
« Quand on clame : en avant ! Buquons
Ils buquent sans craindre personne !
Ceux de Mons et leur vieux cateau
Ceux de Binche qui carillonne …
Ceux de Tournai sous son bieffro
Cognent sans peur à la wallonne
Ceux de Sambre, du Luxembours,
Que la grande forêt couronne
Ceux de Meuse aux wallons d’amour
Savent mourir à la wallonne !
Pour glorifier nos aïeux
Le clocher qu’on affectionne ;
Et tout ce qui remplit nos yeux
Hardi les gars ! A la wallonne »
Le premier Flodorp connu est Guillaume de Flodorp qui était président de la ville d’Eyndhoven. Il y décéda le 17 mars 1658.
Son fils, Thierry de Flodorp, était bailli de Château-Thierry et de Bioul. Il avait épousé en 1647 Henriette van Heymbeke, secrétaire de la ville de Bruxelles.
Il s’agissait donc de notables qui avaient occupé des fonctions administratives de quelques grandes cités.
De ce couple allait naître en 1652, à la Toussaint, Pierre-Jean-Toussaint. Il allait ancrer sa famille dans l’art de la guerre – il allait devenir capitaine d’une compagnie d’infanterie wallonne – mais il allait aussi fixer cette famille à Clabecq et accrocher de surcroît un titre de vicomte.
Pierre TOUSSAIN de FLODORP
(Collection particulière)
Ce titre de vicomte, Pierre-Jean-Toussaint put le transmettre à ses « enfants et descendans (sic) en ligne directe selon l’ordre de primogéniture ». C’est donc Rutger-Théodore de Flodorp qui hérita du titre de vicomte et de la seigneurie de Clabecq.
Rutger-Théodore de FLODORP
(Collection particulière)
Cette famille de Flodorp était donc entrée dans l’art de la guerre et paya chèrement l’impôt du sang. François-Joseph, le dernier Flodorp, succomba en compagnie de 1.800 autres compagnons.
Quant aux quatre filles, l’une d’entre-elles, Barbe-Dieudonnée de Flodorp, épousa Pierre-Félix de la Croix de Sayve, lieutenant général.
Barbe Dieudonnée de FLODORP
(Collection particulière)
Pierre Félix de la CROIX de CHEVRIERE de SAYVE
(Collection particulière)
C’est par cette alliance que le château passa de la famille de Flodorp à la famille de Sayve.
Les de SAYVE.
La famille de Sayve à laquelle allait échoir désormais la terre de Clabecq, est une vielle famille fondée par Félix de la Croix en 1476. Jean IV de la Croix, seigneur de Chevrière Chantermerle etc, comte de Saint Vallier et marquis d’Ormacieux fut reçu au parlement de Grenoble en 1633. Le 29 avril 1642 il épouse Marie de Sayve, fille unique et héritière de Jacques de Sayve, président à mortier du parlement de Dijon.
Son arrière-petit-fils, Joseph Louis Julien, marquis de la Croix de Chevrière de Sayve et son frère, Arthur, seront les héritiers de Clabecq.
Finalement, Pierre-Félix de la Croix de Chevrière de Sayve, titulaire de diverses hautes distinctions honorifiques, épousa à Madrid en 1737 Barbe Dieudonnée de Flodorp. C’est parce que ce couple n’eut pas d’enfant que les deux cousins, Joseph Louis Julien et Arthur, héritèrent de Clabecq.
Parmi les habitants de Clabecq, personne n’avait le statut de bourgeois. Deux étaient marchands, vingt-cinq cultivaient la terre, trois étaient artisans et vingt étaient qualifiés « ouvriers » mais quarante-deux se voyaient avoir l’étiquette de « pauvres ». C’est au milieu de cet univers loin des salons parisiens qu’allait venir vivre, surtout à la bonne saison, le marquis Jules de la Croix de Chevrière de Sayve.
Mais qui était donc ce marquis de Sayve. C’était un militaire pardi. Avec l’arrivée au pouvoir de Bonaparte, le marquis repassa en France et fut nommé aide de camps du général Caffarelli ; Il fit différentes campagnes jusqu’à la fameuse et désastreuse campagne de Russie.
A la bataille de la Moskova, avec un bras en écharpe, il fut l’un des premiers à entrer dans une redoute enlevée par son corps d’armée. Mais blessé et malade, il se retira sur Vilna et de là rentra à Clabecq. Il se défend d’accusation de désertion en écrivant : « Le manque de soins et surtout le climat, aggravant tous les jours mon état, et ayant la certitude de ne pouvoir, de très longtemps faire aucune espèce de service, je crus ne pouvoir faire mieux que de venir chercher dans ma maison paternelle les soins et les secours nécessaires pour me rétablir, s’il en est encore temps »
Mais revenons à la bataille de la Moskova. Après avoir passé une première fois la Moskova, il fut contraint de la retraverser une seconde fois. Là, le froid le saisit à tel point qu’il tomba inanimé. On le crut mort et ses camarades le lièrent sur son cheval pour ne pas le laisser aux Russes. C’est ce cheval nommé « Bayard » qui le ramena à Clabecq.
Il fut enterré à l’endroit indiqué par un fragment de colonne portant le nom : Bayard et la date 1812.
Croquis réalisé par J. de SAYVE
de son cheval Bayard
Le marquis de Sayve, en matière d’action charitable, va poursuivre la tradition familiale.
L’école des pauvres de la commune entretenue par une fondation du comte Pierre de Sayve et de son épouse Barbe Dieudonnée de Flodorp du 10 avril 1773 fut reprise en mains par lui puisqu’en 1830 il est déclaré qu’elle est fréquentée par 25 pauvres admis par les soins et aux frais de Monseigneur le Marquis de Sayve. Il céda aussi à la commune de Clabecq, quatre rentes pour un total de 207 Francs, ce qui devait permettre d’acquitter les appointements de l’instituteur de l’école.
Après 1870, le Marquis de Sayve déclina sensiblement. Il mourut, ou plutôt s’éteignit, le 10 mai 1873.
L’éditeur allemand d’A. Adams, l’ami de toujours, écrit : « Le marquis s’installa en Belgique, sa patrie, se consacrant à l’agriculture et vécut, entouré de ses dignes enfants jusqu’à un âge avancé dans le bonheur et l’honorabilité. Plus tard, les fatigues vécues se firent sentir, il devint très malade et presqu’aveugle. L’art et la religion le soutinrent avec force juvénile jusqu’à son heure dernière ».
Le marquis de Sayve avait convolé en juste noce avec Célestine de Cauvigny qui lui donna 6 enfants, dont Claire Stéphanie qui épousa Charles Snoy.
Les Snoy.
Charles SNOY dans les allées
de son parc vers 1900
C’est cette famille, bien enracinée régionalement, qui allait reprendre le flambeau. Mais dans une quiétude champêtre troublée de plus en plus par le bruit des « makas » (Marteaux à battre le fer).
Charles-Auguste-Marie-Ghislain Snoy épousa donc le premier janvier 1843 Claire Stéphanie de Sayve. Charles possédait déjà de nombreuses propriétés et c’est grâce à cette union avec Claire que Clabecq entra dans le patrimoine de la maison Snoy.
Charles et Claire s’installent au château de Clabecq le 14 février 1884, son beau-père, le marquis de Sayve étant décédé en 1873.
Pour la première fois depuis le XVI siècle, le château n’est pas habité par un militaire. En effet, Charles est un homme politique. Finis les bruits de bottes, on parlera politique, alliance et diplomatie.
Charles milita dans les rangs du parti catholique ; il deviendra conseillé provincial du Brabant et député de l’arrondissement de Nivelles. Il sera très populaire dans le milieu paysan où ses grosses moustaches « comme des queues de vaches » faisaient sensation. Les ouvriers aussi reconnaissaient en lui un protecteur ; ils faisaient chorus en s’écriant : « Vive Monsieur le Baron Snoy, protecteur de l’ouvrier ».
Claire Stéphanie de Sayve mourut en 1894 et Charles la suivit en 1908. Le couple avait eu 4 enfants dont Marguerite-Julienne décédée dans un accident de voiture et Idesbalde Marie qui, engagé dans la légion étrangère, mourut en Afrique en 1876.
Restaient Raoul et Maurice qui restèrent dans l’indivision jusqu’à la mort de ce dernier. C’est donc à Raoul qu’échut le château entouré de quelques terres.
Raoul avait épousé à Vielsalm Marie-Joséphine Desmanet de Biesme (Vicomtesse). Décédé en 1919, il laisse une veuve sans enfant qui quitte Clabecq pour s’installer à Bruxelles et loue le château à A. De Stordeur, industriel bruxellois le 14 juin 1920 pour une durée de 9 ans. La roue du destin tournait
C’est le 20 septembre 1923 que le château fut vendu à Albert Laurent Félix Joseph Ghislain de Stordeur qui en était déjà le locataire. Celui-ci ne garda la propriété que quelques années. Le 20 mai 1937 il la vendit à Maurice Arthur Séraphin Cauchie, industriel à Deux-Acren.
Dix ans plus tard, la société des « Forges de Clabecq » achetait le château pour y loger des travailleurs immigrés, principalement des Italiens, ce qui donna dans la suite et jusqu’à nos jours l’appellation de « château des Italiens ».
Si vous voulez en savoir plus, lisez le livre :
Le Château de Clabecq
de J.-L. Van BELLE